Quand Roch Hachana tombe Chabat - 5781

« Toute année où on ne sonne pas [du Chofar] à son début, sera néfaste à sa fin. Pour quelle raison ? Car le Satan n'aura pas été perturbé (par le son du Chofar, dont c'est justement là une des principales fonctions). » (Talmud de Babylone, Roch Hachana 16 b)

A première vue, on est tenté de comprendre que cet enseignement vise toute personne qui, délibérément, déciderait de se soustraire à la Mitsva du Chofar, et qui encourrait de ce fait une sanction amplement méritée. Toutefois, l'auteur des Halakhot Guedolot , sage éminent de l'époque des Gaonim de Babylonie (8è siècle), cité par Tosfot ibid., explique qu'il s'agit là y compris d'un cas où on n'a pu sonner du Chofar pour des raisons de force majeure.

Dès lors, ce texte pose problème : pourquoi serait-on puni pour une faute dont on n'est pas responsable ? L'adage talmudique ne stipule-t-il pas : « en cas de force majeure, la Tora acquitte » ?

Rabbi Méir Sim'ha de Dwinsk, auteur du commentaire de la Tora Méchekh 'Hokhma (sur Parachat Emor) répond qu'il n'est nullement question ici d'un châtiment pour cause de non-accomplissement de Mitsva. Mais ce texte vient nous révéler que le son du Chofar a pour vertu, chaque année, d'introduire puissamment le souvenir d'Israël devant D. et, par là, de neutraliser les accusations portées par le Satan.De sorte que si, pour quelque raison que ce soit, on n'a pas effectué cette sonnerie, on aura, automatiquement, laissé échapper cette chance offerte de « perturber » le Satan, et d'obtenir un jugement favorable. C'est comme un malade qui doit absolument prendre un remède pour guérir, et qui, finalement, ne le prend pas : aussi justifiée soit la raison pour laquelle il ne l'a pas pris, guérira-t-il pour autant ?

Cette explication très convaincante n'est pas sans soulever une grave difficulté : il est bien connu que lorsque le premier jour de Roch Hachana tombe Chabat, on ne sonne pas du Chofar. Ce sont les Sages qui ont pris ici l'initiative d'abroger ce commandement de la Tora, craignant qu'on en vienne à profaner le Chabat en portant, par mégarde, le Chofar dans la rue. Mais ce faisant, ne prenaient-ils pas le risque considérable que le souvenir d'Israël ne monte pas jusqu'à D., avec toutes les conséquences catastrophiques que cela implique ?

Le Méchekh 'Hokhma résout cette troublante question par un magnifique paradoxe. La fonction du Chofar, enseigne le Talmud (ibid.16 a), est de rappeler à D. le sacrifice d'Isaac. A travers l'évocation de cet événement, il inclut, en fait, aussi tous les mérites du peuple juif qui a hérité du Patriarche sa disposition à se dévouer, à se sacrifier, tout comme à « ligoter » ses désirs, ses pulsions, ses choix de vie sur l'autel de l'amour de D. et de Sa Tora.

Quand Roch Hachana tombe Chabat, Israël prend effectivement un risque inouï en se privant d'un atout capital. Mais son amour pour D. est si grand qu'il ne peut accepter de courir le risque, aussi minime soit-il, de voir violer le Chabat, par un transport intempestif du Chofar. « Que le Satan nous accuse, pourvu que ne soit pas profané le Nom divin ! »

Ainsi, cette abstention de sonnerie le jour du Chabat de Roch Hachana constitue un acte de sacrifice sans égal. Dès lors, ce sacrifice, s'il est conscient et sincère, ne pourra qu'être agréé par D. au moins autant, voire plus que la sonnerie du Chofar !

Puissent ce sacrifice, ainsi que cette conjugaison singulière de la sainteté de Chabat avec celle de Roch Hachana, qui constituent une marque distinctive de cette nouvelle année, être porteurs d'un flux exceptionnel de bénédictions et, notamment, mettre un terme définitif à la pandémie.

Chana tova !

RavMichel GUGENHEIM

Grand Rabbin de Paris 

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